Un après-midi au bistrot de Django
L'enseigne en forme de guitare se repère de loin dans la rue des Rosiers, à Saint Ouen. En ce dimanche ensoleillé de septembre, la terrasse de La Chope des Puces est pleine. D'extérieur, le bar restaurant ressemble à n'importe quel autre de la rue. Difficile d'imaginer que l'on est devant l'un des hauts lieux du jazz manouche depuis un siècle.
Mais l'évidence se fait rapidement entendre. Depuis la rue, une mélodie swing venue du bar invite chineurs et autres touristes à tourner la tête et à s'arrêter quelques instants, guignant à travers la vitrine l'origine de cette musique entraînante. C'est Ninine Garcia qui joue, comme tous les week-end, dans un coin étroit du bar, entre la vitrine et le zinc. Quatre mètres carrés d'estrade devenue, au fil du temps, légendaires. Tchavolo Schmitt, Patrick Saussois, et bien d'autres s'y arrêtent encore régulièrement pour y jouer. Sur le mur, les guitares manouches accrochées appuient fièrement l'identité musicale du lieu.
A peine rentré, il faut se frayer un chemin et trouver sa place. Il est 15h, le bar est bondé. Aux tables, un groupe de jeunes étudiants boit un verre en silence en écoutant la musique. A côté, deux vieilles dames finissent de déjeuner. La serveuse zigzague et évite un touriste qui prend Garcia en photo. Le musicien reste imperturbable, immergé dans sa musique. Au comptoir, quelques habitués discutent et plaisantent avec le barman. L'ambiance et conviviale et chaleureuse. Près d'eux, d'autres guitares manouches sont accrochées au mur. Pas de doute, l'âme de Django Reinhardt est l'essence du lieu, aujourd'hui plus que jamais.
Le concert durera jusqu'à près de 19 heures. Dehors, la nuit a commencé un peu à tomber, les boutique ont descendus leur rideaux de fer, et la rue est plus calme. En contraste, la Chope est toujours bien remplie derrière la buée des vitres. Les habitués côtoient les nouveaux conquis, et le swing continue de se propager.
La Chope des Puces a été rachetée par Marcel Campion en 2008. Ce dernier a redécoré le bar et a ouvert l'espace Django Reinhardt. Une façon de rendre plus manifeste l'héritage du lieu et de faire vivre, encore et toujours, le jazz manouche à Paris.
Pour en savoir plus sur l'histoire du lieu, vous pouvez vous tourner vers Django Reinhardt, l'histoire de la Chope des Puces, un livre + DVD co-signé par Marcel Campion et Catherine Gravil, à paraître en novembre 2009 aux éditions Carpentier.